Sarthe (72): Ces médecins, employés communaux

Capture d’écran 2016-03-22 à 11.00.01

A la campagne, la désertification médicale s’accentue partout en France, malgré les objectifs de l’Etat de garantir un accès aux soins à chacun, dans la demie heure, à partir de son domicile. Face à cela, si les maisons pluridisciplinaires de santé se généralisent un peu partout, la Sarthe, elle, a imaginé une alternative encore plus radicale puisque, loin de la médecine libérale « de famille » telle que la connaissaient nos grands-parents, elle dispose désormais de médecins salariés par les communes.

A la suite d’un établissement pionnier à La Ferté-Bernard, trois autres centres municipaux de santé ont vu le jour dans le département. D’abord à Conneré, avec généralistes et dentistes, puis à Saint-Cosme-en-Vairais et enfin à Fresnay-sur-Sarthe, il y a quelques semaines, cette fois à l’initiative des élus de la Communauté de communes.

A Saint-Cosme, une jeune femme médecin de 31 ans, explique tout l’intérêt de la formule pour elle, qui est devenue une sorte d’employée municipale: une qualité de vie à laquelle elle tient, une décharge des nombreux travaux administratifs (impôts, URSSAF…) que connaissent les libéraux habituellement « et qui ne sont pas mon métier », des horaires fixes (le centre ouvre de 9h à 19h) et plus d’angoisse de tomber malade (ou enceinte)… Elle reçoit en moyenne 25 patients par jour, preuve qu’à la campagne aussi, les habitants ont besoin de se soigner…

La jeune médecin touche un salaire de 4300 euros nets par mois, garanti, après que les deux secrétaires du centre aient encaissé les chèques des consultations (à 23 euros), libellés au nom de la commune. C’est ensuite celle-ci qui rémunère son salarié, comme n’importe quelle entreprise le ferait avec un collaborateur habituel. Les élus, qui savent que la population les accompagne dans ce projet, n’ont pas hésité à prendre un risque financier. A Saint-Cosme, le service a été déficitaire au début: 30 000 euros de pertes initiales… avant un retour à l’équilibre.

Cela faisait quinze ans que le maire de la commune de 4000 habitants, Jean-Yves Tessier, cherchait une formule durable, pour la santé de ses concitoyens. Aujourd’hui, il lance le recrutement d’un deuxième médecin via un cabinet de recrutement, et dans quatre pays: Roumanie, Grèce, Espagne et Portugal… Evoquant « une zone rurale profonde peu attractive », l’élu constate que le décalage est trop grand entre le nombre de médecins français qui sortent des facultés et les besoins réels du terrain.

La Sarthe compte, en moyenne, un peu plus de six généralistes pour 10000 habitants, soit une diminution de 16% en huit ans. Les centres municipaux de santé, sans être la panacée universelle, semblent promis à un bel avenir: trois autres projets sont en cours dans le département et un projet d’association, au nom évocateur de « Santé et territoires », pourrait bientôt faire école afin de livrer dans les communes du département des centres de santé clé en main…

E.C. (source: Bertrand Hochet et Julie Le Duff / France Bleu Maine)

About the Author

E.C.
Journaliste dans un hebdomadaire agricole et rural en Bourgogne, Emmanuel Coulombeix est passé par de multiples rédactions du même type, depuis 1991, en Poitou-Charentes, Bretagne, Pays de la Loire et Paris. Diplômé de l'IPJ Paris et du CFPJ, il a exercé ses talents dans différents types de presse et de supports.

Be the first to comment on "Sarthe (72): Ces médecins, employés communaux"

Leave a comment

Your email address will not be published.


*