Loir-et-Cher (41): quand la clé de sol prend la clé des champs…

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« La musique classique, les pieds dans l’herbe »: telle est la promesse -rare- faite par le 1er Festival « Va jouer dehors! » qui se déroulera du 17 au 28 août prochains, dans le Loir-et-Cher, « entre Sologne viticole et Pays des châteaux ». Et de fait, quelle surprise de voir installé un clavecin du XVIIè siècle, symbole musical de la cour embourgeoisée, au beau milieu de la paille et des animaux d’une cour de ferme! Les concerts programmés pour cette première édition seront donc itinérants, d’un soir à l’autre, la scène étant montée et démontée dans des fermes, églises, châteaux, places de villages ou sous chapiteau de cirque en plein champ… Quand la clé de sol prend la clé des champs!

Cette idée originale de porter la « grande Musique » au coeur des territoires ruraux du Loir-et-Cher, est assumée depuis l’été 2015 par une nouvelle association, du même nom que le festival à venir. On en doit la genèse à une jeune femme de 27 ans originaire du département, la clarinettiste Marie Wacquez, et à l’une de ses coreligionnaires françaises, Perrine Guillemot, violoniste alto, croisée sur les bancs de l’Université de Montréal, au Canada, dont le cursus musical de haut niveau est comparable à celui des Conservatoires de Lyon ou Paris. « Des amis m’avaient invitée à venir jouer chez eux, dans leur jardin, durant les vacances d’été, et moi, qui m’interrogeait déjà sur l’organisation de stages et d’actions ponctuelles en milieu rural, j’ai gambergé. Très vite, avec Perrine, nous avons opté pour un événement de grande ampleur et avons déposé les statuts de l’association » relate Marie aujourd’hui, pour qui le Loir-et-Cher s’imposait comme une évidence… « Il y a tellement peu d’offre de musique classique, en dehors des lieux habituels qui lui sont réservés et qui ne touchent qu’une certaine catégorie de public »!

Bénévoles, les deux amies ont dû réduire leurs prétentions d’un festival de 15 jours à un festival de 10 jours mais, « l’enthousiasme » et la passion de l’animation, de la musique, de la campagne et du patrimoine les portent depuis déjà huit mois dans l’organisation de cette première édition, dont le budget atteint 50 000 euros. « A la fois beaucoup pour nous qui partons de zéro et très peu pour faire venir des jeunes musiciens professionnels, certes pas encore très renommés mais dont on connait toute la valeur pour les avoir déjà croisés durant les études ou dans leurs parcours professionnels » assure Marie Wacquez.

11 dates de concerts, dans 7 lieux chargés des valeurs de la ruralité et de l’histoire, sont donc programmées pour le mois d’août, au sud de Blois, au plus près des habitants de Cheverny, Chambord, Chailles, Monthou-sur-Bièvre, Candé-sur-Beurvon, Onzain et Fougères-sur-Bièvre. Des fermes, des châteaux, des églises, des champs et des forêts seront mis à contribution pour recevoir le public, populations locales et touristes venant nombreux, l’été, à l’appel de « la trilogie « Val de Loire-châteaux-vins » qui leur fait briller les yeux »! Les communes et les propriétaires, dont beaucoup font partie des connaissances de Marie, ont accepté facilement d’ouvrir leurs portes. « Ils sont en général très demandeurs d’événements culturels pour attirer les touristes et animer la vie de leurs concitoyens. Ils ont besoin d’une vie culturelle pour faire vivre leur patrimoine » souligne Marie. Certaines mairies jouent même encore plus le jeu en mettant à disposition des chaises, des estrades ou des gradins… des locaux aussi, pour permettre aux artistes de répéter ou de dormir…

« Je n’ai pas la prétention de dire que notre projet est complètement novateur, dit Marie, mais notre génération de musiciens est consciente de l’importance d’offrir de la musique de haute qualité à des populations qui n’y ont pas habituellement accès, pour des raisons financières ou simplement d’éloignement ou de méconnaissance. Pour moi, fille du pays qui en apprécie toutes les richesses, je me fais un devoir de les ouvrir à des ensembles classiques qui peuvent ajouter à l’art de vivre et à l’échange » explique, humble et fougueuse, exigeante et déterminée, la jeune musicienne. « Avant tout, les artistes respecteront le lieu ». Pas question de reproduire la sacralisation des salles de concerts dans ces endroits champêtres mais chargés de valeurs au moins aussi essentielles. Philosophiquement, le clavecin du XVIIè dans la ferme, c’est -enfin!- un juste retour des choses. Quasi-révolutionnaire!

L’expérience sera d’autant plus enrichissante, par conviction et par appétence, que les deux organisatrices ont prévu bien plus que des simples concerts de musique de chambre par de petites formations (au maximum 12 musiciens en même temps pour l’opéra d’ouverture). Les oeuvres, connues ou non, seront immergées dans des spectacles complets, faisant appel à des danseurs, conteurs ou mimes, au gré de la programmation. Et à chaque fois, des producteurs de vins et de produits agricoles locaux (souvent bio) tiendront la buvette. Des fermiers proposeront même, qui une soupe au pistou avec des légumes de l’exploitation, qui des dégustations, à certaines dates. « La notion de développement durable nous tient à coeur » tranche Marie.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des atouts de « Va jouer dehors! », la politique tarifaire a été conçue de façon à coller au concept d’accessibilité du projet. Marie et Perrine attendent au moins 2000 à 3000 spectateurs, qui débourseront au maximum, seulement certains soirs, 15 euros pour leur place de concert. Ce sera gratuit pour les moins de 16 ans et les premiers prix commenceront à 8 euros. Des pass seront également proposés pour plusieurs dates. Il ne faut pas que l’accès à la culture se heurte à des freins, même si l’art est le fait de « professionnels qui ont des années d’études et de travail acharné derrière eux ». L’association doit donc s’assurer de mettre tous ses atouts de son côté pour assurer son financement. « Nous sommes jeunes et nous proposons donc tous les outils modernes d’information sur les réseaux sociaux, en plus des médias que nous avons contactés. Notre plus grande crainte, ce sera la météo mais, chaque soir, il y a des solutions de repli qui sont prévues » indique Marie Wacquez. Côté budget, outre la billetterie, les organisatrices comptent aussi sur le soutien des citoyens auxquels elles proposent déjà un financement participatif en ligne (www.helloasso.com/associations/va-jouer-dehors/collectes/festival-va-jouer-dehors-1ere-edition). Une page Facebook a aussi été créée.

Le travail des premiers bénévoles et des 20 à 25 qui les rejoindront pour le festival commence à se remarquer, à la fois emprunt de grand professionnalisme et d’une belle élégance (voir l’affiche) mais aussi dans la conviction d’une utilité culturelle, sociale, économique et humaine pour le territoire. Marie et Perrine, bénévolement rappelons-le, sacrifient tout depuis huit mois à leur « bébé ». « C’est la bonne idée, au bon endroit, au bon moment » justifie la clarinettiste. Dans quatre mois -c’est demain!-, elles vérifieront vraiment si les herbes folles danseront au rythme voluptueux des enivrantes mélopées.

Emmanuel Coulombeix

Un seul lien pour se renseigner sur le 1er festival « Va jouer dehors »!: http://festivalvajouerdehors.com

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Marie Wacquez

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Un logo évocateur

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« La musique classique, les pieds dans l’herbe »!

About the Author

E.C.
Journaliste dans un hebdomadaire agricole et rural en Bourgogne, Emmanuel Coulombeix est passé par de multiples rédactions du même type, depuis 1991, en Poitou-Charentes, Bretagne, Pays de la Loire et Paris. Diplômé de l'IPJ Paris et du CFPJ, il a exercé ses talents dans différents types de presse et de supports.

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