La Cellette (23): d’une « bande de copains » à un outil de développement local

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Depuis 2014, une « bande de copains » a décidé de s’organiser pour dynamiser la commune de La Cellette, 270 habitants, dans le nord de la Creuse, à une trentaine de km de Guéret. Ils ont donc créé DECLIC La Cellette, une association loi 1901, dont les objectifs sont « le développement de l’économie locale, le lien social et la vie culturelle, la mise en valeur du patrimoine et de l’environnement, la promotion des structures d’hébergement et l’accueil en Boischaut sud » détaille Jean Chezaubernard, son président. « Je reviens fréquemment à La Cellette, pour des week-ends ou des congés, car je suis originaire d’ici, comme mes parents et mes grands-parents ». Déclic La Cellette est née « du constat qu’il était de plus en plus difficile pour les gens de s’installer dans la commune et qu’au-delà de la désertification agricole, peu de gens voulaient venir s’installer ici pour entreprendre, si ce n’est pour passer leur fin de vie ». Les copains du début, des femmes et des hommes, des enseignants, cadres commerciaux, retraités, tous très attachés au territoire, ont souhaité travailler ensemble, « dans la convivialité mais dans un cadre très sérieux » pour tenter d’inverser ce constat. Développement Economique Local Initiatives Creuse (Déclic La Cellette) était née.

L’association, qui a tenu son assemblée générale la semaine dernière, a compté jusqu’à 157 adhérents (en 2015), pour 270 habitants: en deux ans, la progression est puissante, signe qu’elle répondait à un besoin et à des attentes… « Ce qui est intéressant, c’est que la moitié des adhérents sont des habitants de la commune mais que 21% sont résidents ou de l’extérieur et 30% complètement extérieurs » indique Jean Chezaubernard. « Pour nous, dit-il, cette démarche n’avait de sens que s’il y avait de nombreux adhérents, autour de la notion de partage, de construction et de richesse humaine locale ». Le coût de l’adhésion a été volontairement limité à 5 euros.

Ne réfutant pas de s’inscrire dans le phénomène global de « la nouvelle économie », utilisant les outils modernes tels que les réseaux sociaux (page Facebook qui compte 230 abonnés, compte twitter, mais aussi un journal diffusé gratuitement aux habitants par email et dans les boîtes aux lettres, et bientôt deux jeunes community managers…), DECLIC oeuvre donc depuis deux ans pour l’animation et la promotion de la commune creusoise, avec un certain succès. Trois conférences ont été organisées, « l’une sur l’accueil et l’hébergement, une seconde sur la restauration du patrimoine, la dernière, récemment, sur la désertification médicale; causes et remèdes ». Les dirigeants de l’association avaient invité des intervenants « mais pas des experts qui parlent de telle ou telle théorie générale » car ils veulent faire participer, impliquer et faire avec la population, mais aussi avec les « étrangers ».

La communication est une nécessaire stratégie pour promouvoir la petite commune, à la fois entre habitants, mais aussi et évidemment vis-à-vis de l’extérieur. Comme de nombreux territoires ruraux français, La Cellette manque de reconnaissance au-delà de ses frontières. Ne serait-ce que pour attirer de nouveaux habitants et/ou de nouveaux actifs. L’association a fait l’objet de reportages sur Europe 1 et sur TF1, ces derniers mois.

C’est dans ce même esprit que, depuis 2015, DECLIC organise l’opération « Maisons à vendre ouvrent leurs portes ». La 2è édition aura lieu le 25 juin prochain. Il s’agit d’une journée où les propriétaires, contactés au préalable après que les maisons aient été identifiées comme inoccupées, acceptent de faire visiter leur patrimoine. « Ce sont des fermettes, des maisons de bourg, des maisons isolées, la plupart avec des travaux de restauration à effectuer » dit Jean Chezaubernard, pour qui « les prix restent des prix creusois ». Déclic se contente de la mise en relation et de la communication médias autour de l’opération; elle n’intervient pas et ne touche rien des transactions: les propriétaires sont libres de recevoir les personnes intéressées, seuls ou accompagnés d’un notaire ou d’agents immobiliers. « Nous leur demandons juste de rendre les maisons présentables, de faire des photos et d’accueillir les personnes qui viennent visiter ». En 2015, une dizaine de maisons ont été ouvertes simultanément. Bilan: 3 vendues indirectement et une directement, à des gens venus du Doubs, de Suisse… Cette année, DECLIC attend une vingtaine d’ouvertures de maisons, à La Cellette et dans six communes alentours, soit le double… Avec le même plan com. Et les arguments vis-à-vis des éventuels nouveaux venus sont séduisants: une qualité de vie, des entreprises (4 entreprises, une dizaine d’agriculteurs, une auberge très dynamique, un tissus associatif fait de 7 structures impliquées dans le foot, le festival de la voix, les fêtes du 14 juillet et du 15 août…)… « Le public qui peut acheter, ce ne sont pas des très jeunes mais cela peut être des start-ups car, vous savez, nous aurons la fibre optique ici avant la fin de l’année »! L’argument est imparable.

Impulser une dynamique à La Cellette, tel est bien l’objectif. Lors de la dernière AG, l’équipe a présenté les résultats d’une enquête quantitative réalisée auprès des habitants, « afin de mettre l’association sur des bases de travail réalistes et sérieuses, en sondant les aspirations des habitants et des adhérents ». 106 réponses ont été envoyées à DECLIC, par papier ou en ligne, qui mettent en avant des « atouts et faiblesses et des arguments que l’on n’avait pas pris en compte jusque là: la promotion du paysage, du calme, du cadre de vie, de la nature, du bien-être creusois »… Jean Chezaubernard le reconnaît: « ici, les choses sont plus lentes mais nous sommes ouverts à tout le monde et nous voulons ouvrir notre démarche ». Si DECLIC passe à la vitesse supérieure, comme ses dirigeants le souhaitent, elle fera « avec les structures existantes (commune, Communauté de communes…) » et nouera des relations déjà très cordiales avec les élus du département. L’association a lancé une dynamique autour du destin collectif de La Cellette. « Le groupe Facebook « La Creuse n’est pas le trou du cul du monde » est très consulté car il fait une vraie action de promotion et, pour avoir été l’an dernier dans les Pyrénées en voiture, les atouts de la Creuse n’ont rien à envier à d’autres territoires » lâche Jean Chezaubernard. Les habitants de La Cellette ne demandent qu’à y croire.

Emmanuel Coulombeix

Le mail de l’association: decliclacellettecreuse@gmail.com

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About the Author

E.C.
Journaliste dans un hebdomadaire agricole et rural en Bourgogne, Emmanuel Coulombeix est passé par de multiples rédactions du même type, depuis 1991, en Poitou-Charentes, Bretagne, Pays de la Loire et Paris. Diplômé de l'IPJ Paris et du CFPJ, il a exercé ses talents dans différents types de presse et de supports.

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