Deux-Sèvres (79): « les bornes Michelin, remises sur le droit chemin »

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Infirmier à Saint-Aubin-le-Cloud, dans les Deux-Sèvres, Vincent Dabin préside une association d’une vingtaine de passionnés d’automobiles, du territoire deux-sèvrien et de la mise en valeur du patrimoine routier du département picto-charentais. Depuis un peu plus d’un an, « Deux-Sèvres autos mémoire » a ajouté une corde à son arc, en proposant l’opération « Bornes out » aux élus des communes rurales du coin. Il s’agit, quand et là où elles existent encore, de redonner une deuxième vie aux bornes Michelin, ces gros cubes de pierre de lave peints en blanc, qui indiquaient les directions aux automobilistes jusque dans les années 60. C’était avant le changement de dénomination des routes en Départementales, qui ont nécessité de passer à des panneaux indicateurs en métal dès le début des années 70… Patrimoine popularisé par le cinéma français de ces années-là, ces bornes, que ne connaissent sans doute plus les jeunes générations, marquaient les débuts des longs périples en voiture et en famille, au gré de l’avancement des progrès sociaux…

C’est par hasard que Vincent Dabin a ramassé sa première tête de borne, il y a une vingtaine d’années, devant un ancien café du bourg de Fenery. Elle servait de cache-pot, comme un certain nombre de ses semblables depuis les changements de signalétique. « Un jour, mon maçon m’a dit qu’il pourrait la restaurer. Il a restauré le chapeau, remis un pied, repeint et rajeuni la borne à tel point que je me suis dit que c’était trop beau et qu’il fallait mettre la borne en valeur autrement. J’ai contacté la mairie d’Adilly, près de chez moi, qui a trouvé l’idée de la réhabiliter formidable. J’ai passé un deal avec le maire: je donnais la borne à la commune, à condition qu’il fasse restaurer une deuxième borne, toujours en place sur la commune, laissée dans un sale état. Il a dit banco et mon maçon a rénové la deuxième borne » retrace Vincent Dabin. La mise en place a été l’occasion d’une inauguration officielle, le 31 mai 2015, avec les membres de l’association: « c’était un excellent moyen de mettre un peu d’animation dans le bourg » indique-t-il. Les grands élus ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisque le président du Conseil départemental et une vice-présidente de l’ex-Conseil régional Poitou-Charentes faisaient partie de la fête! Et une personnalité de prestige, le célèbre conteur Yannick Jaulin, directeur du Festival « Le nombril du monde » à Pougne-Hérisson (79), a même accepté de parrainer ce qui allait devenir l’opération « Bornes out ».

Les bénévoles de « Deux-Sèvres autos mémoire » n’ont pas voulu en rester là. Dès le mois d’août dernier, ils ont repéré une autre borne, dans un jardin, abandonnée au bord d’un étang, sur la commune d’Amailloux, au nord de Parthenay. « Nous l’avons restaurée aussi, lui avons recréée un chapeau, un pied, une physionomie sympa et nous l’avons remise dans le droit chemin. Elle se situe exactement, à 10 mètres près, à l’emplacement qu’elle occupait à l’époque et, surtout, elle redonne la direction, les distances et porte la marque de Michelin, du Touring club de France et de l’Automobile club des Deux-Sèvres » relate le président de l’association. Elle vient d’être inaugurée et, ce matin-même, encore, les employés de la commune ont installé des rondins de bois tout autour de la borne, afin de la mettre en valeur et de la protéger (voir photo).

« Cela plaît énormément aux maires que nous rencontrons, à la fois avec un état d’esprit rigolo et avec le souci de réhabiliter ce patrimoine routier » dit Vincent Dabin. Dans les Deux-Sèvres, les passionnés de l’association ont recensé peut-être « une quarantaine de bornes qui sont souvent en déperdition, cachées dans les ronces ou les branchages. Nous essayons de proposer leur restauration aux élus, par mon maçon ou par un autre, plus proche de leur commune, à qui il peut remettre un moule pour refaire un pied ». Une dizaine de mairies ont déjà témoigné de leur intérêt et « Bornes Out » prend de l’ampleur dans tout le département. Il faut compter entre 500 et 1000 euros (si le pied n’existe plus et si le chapeau est détruit) pour une remise en état quasi-parfaite. Le chapeau seul coûte 130 euros TTC, facturés par le maçon. L’association ne touche rien sur la restauration et n’accepte, éventuellement, qu’une subvention pour pouvoir racheter une tête de borne supplémentaire à 50 euros. Elle livre gratuitement à n’importe quelle mairie des Deux-Sèvres qui veut acquérir un exemplaire de borne Michelin.

Aidé d’un autre passionné, André Bianco, qui passe sa retraite à faire les démarches essentielles, Vincent Dabin confie que « nous sommes dans une dynamique intéressante, même si il est encore difficile de dire si l’activité tombera en désuétude ou si elle fera plutôt boule de neige. Nous espérons convaincre d’autres maires du département et nous aimerions être copiés partout en France. Notre porte est ouverte pour tout conseil utile »! Remises à neuf, les 3 premières bornes peuvent durer 30 ans et c’est un spectacle fantastique autant qu’une source d’animation durable pour le bourg. L’argument est aiguisé… D’autant que les bornes Michelin retrouvent leur utilité d’origine: les directions et les distances n’ont pas changé depuis les années 60! « La seule contrainte, c’est que les communes demandent l’autorisation au Conseil départemental, qui gère les routes, d’autant que parfois, ceux qui possèdent des bornes dans leurs jardins ignorent à qui elles appartiennent… En général, cela ne pose aucun problème » précise Vincent Dabin pour qui « chaque borne est un objet unique ». Nostalgie, nostalgie…

Si les passionnés de « Deux-Sèvres autos mémoire » sont aussi nostalgiques, c’est que les bornes Michelin symbolisent à la fois une histoire et une industrie florissantes du XXè siècle. « Il faut voir le nombre de gens que Michelin employait dans son usine de Riom (63). Des grosses machines à scier (probablement spécialement conçues), fendaient les blocs de pierre de lave en fines plaques, qui étaient émaillées, cuites au four, peintes et installées partout sur le réseau routier français. Imaginez le nombre qu’il en fallait pour signaliser chaque intersection! Dès les années 1900, à la suite d’une pétition des premiers automobilistes et surtout des cyclotouristes, Michelin imaginait un moyen de signaler les endroits où ils pouvaient se ravitailler en pneus. Puis ce furent au tour des restaurants et ensuite des lieux touristiques de vouloir se mettre en valeur, au fur à mesure que le fameux Guide Michelin était chaque année réédité (depuis 1900)… Il a donc fallu que l’industriel fasse lui-même le référencement du réseau routier, préfigurant le travail des futures directions départementales de l’équipement »! Un travail titanesque!

Aujourd’hui, le regard dans le rétroviseur, ces passionnés qui ont gardé une âme d’enfant, ne rêvent que d’une chose: continuer à jouer au jeu des « 1000 bornes »!

Emmanuel Coulombeix

Pour joindre l’association « Deux-Sèvres autos mémoire », une adresse mail: vincent.dabin@orange.fr

DSC_0083 L’équipe des bénévoles de « Deux-Sèvres autos mémoire » devant la 1ère borne ré-installée à Adilly. André Bianco et Vincent Dabin sont les deux premiers, en partant de la gauche, sur la photo.

DSC_0207 Un exemple de l’état dans lequel les passionnés retrouvent ces anciennes et mythiques bornes Michelin sur les routes des Deux-Sèvres.

DSC_2798 Le célèbre conteur Yannick Jaulin, patron du Festival « Le Nombril du monde » à Poigne-Hérisson, a accepté de parrainer l’opération « Bornes out ».

IMG_2314Ce matin encore, 2 mai, les employés communaux ont installé des rondins de bois tout autour de la borne installée à Amailloux, à la fois pour la valoriser et pour la protéger…

About the Author

E.C.
Journaliste dans un hebdomadaire agricole et rural en Bourgogne, Emmanuel Coulombeix est passé par de multiples rédactions du même type, depuis 1991, en Poitou-Charentes, Bretagne, Pays de la Loire et Paris. Diplômé de l'IPJ Paris et du CFPJ, il a exercé ses talents dans différents types de presse et de supports.

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